"En ces temps difficiles, il convient d'accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux." Chateaubriand

jeudi 3 mai 2012

Âpre débat


Le débat qui a opposé hier le Président de la République mais néanmoins candidat à sa succession et Hollande, champion de la socialie élargie restera, je crois, dans les annales. Je pense qu'il est assez rare de voir deux hommes autant se haïr. Nous verrons ce qu'il en est de la gestion de cette haine. Tirons d'abord quelques enseignements.

Le premier qu'on pourrait tirer est que la proposition de faire trois débats n'était pas si saugrenue que cela. Car, hélas, certains sujets éminemment importants, comme la politique internationale ou l'avenir de notre modèle social ont été à peine évoqués, alors que ce sont des points centraux.

Le début, quand il s'agissait de parler d'économie et de social, m'a paru assez pénible, avec ses alignements de chiffres contestés parfois de part et d'autres, n'utilisant pas les mêmes références donc les mêmes modes de calcul, donc pouvant selon le cas dramatiser ou relativiser une situation. C'est sans doute nécessaire d'en passer par des chiffres, mais leur succession n'éclaire pas forcément le débat.
Sur ce sujet, long, trop long car il empêcha de développer d'autres thèmes, je crois qu'on est passé à côté de l'essentiel. A cause d'un déphasage dans les discours. Tandis que l'un parlait, ne parlait que du bilan de l'autre, ce dernier tentait de montrer que les propositions concernant l'avenir de son adversaire ne tenaient pas la toute. L'un parlait du passé, l'autre de l'avenir, ce qui fait qu'ils ont eu du mal à se rencontrer. Mais j'y reviendrai.
En tout cas, je n'ai pas encore compris comment M. Hollande allait financer les mesures qu'il propose. A part taxer les riches, ce qui, d'après d'anciens propos tenus par lui, ne rapportera pas grand-chose, sinon rien, voire des sommes négatives à cause de départs vers d'autres cieux fiscalement plus cléments, je ne vois pas où aller chercher l'argent. Appeler la croissance à la rescousse et du domaine de l'incantatoire. Par contre, on a compris que les cotisations retraites devraient augmenter pour réaliser la petite réforme qu'envisage Hollande, petite mais chère. Mais comme c'est au nom de la justice ne lésinons pas. Et on comprend également que les prélèvements sociaux, nos impôts, vont augmenter sensiblement, pour financer des dépenses qui ne peuvent pas être moindre puisque le poste de dépense majeur, la rémunération des fonctionnaires va, au mieux rester stables, puisqu'il n'est plus question d'en diminuer le nombre. A ce propos, je n'ai pas compris comment redéployer 61000 fonctionnaires au sein de la fonction publique d'Etat, pour en faire des profs et des policiers. La clarté ne fut pas au rendez-vous sur ce point. Pas plus que sur le coût global d'un recrutement de 60000 fonctionnaires dans l'éducation nationale calculés modestement sur 5 années par Hollande alors que c'est évidemment sur une soixantaine d'années qu'il faut calculer ce coût (activité + retraite). C'est dans ces choses qu'on voit les limites d'un tel débat dont les sujets à traiter en peu de temps sont trop nombreux pour qu'on puisse en traiter un seul en profondeur. Les gens sérieux ou curieux en sont donc pour leurs frais.
Puisque Hollande a choisi la facilité en s'attaquant au bilan, poussant ainsi Sarkozy à la défensive, mais lui permettant au passage de rétablir quelques vérités et de relativiser un bilan sur lequel l'impact de la crise ne peut pas avoir été neutre comme voudraient le faire croire les socialistes, le programme de ce dernier n'a pu être véritablement discuté. Et c'est dommage.

Sur L'Europe, inutile de développer. On a quelqu'un qui connait les rouages des négociations européennes et les nécessaires compromis qui vont avec face à quelqu'un qui voudrait nous faire croire que pas sa seule présence il pourrait remettre en cause ce qui a été si difficile à mettre en place. Bon, on a compris la posture.

Sur le nucléaire, Hollande n'a pas été assez clair tout en l'étant trop. Pas clair car sa vison des choses n'excède pas finalement 5 ans, ce qui est normal car il sait que s'il est élu la gauche sera refoulée du pouvoir dans 5 ans et pour une quinzaine d'années. Mais suffisamment clair pour qu'on comprenne que Fessenheim, à titre symbolique, pour que les verts ne soient pas complètement humiliés, sera fermée. Cher payé pour un symbole. Suffisamment clair pour qu'on comprenne que les engagements pris par le PS et en présence de négociateurs représentant Hollande, vis-à-vis de tiers ne comptent guère ou plutôt sont soumis aux aléas des résultats électoraux. Le score minable de Joly permet effectivement de s'assoir sans dommage sur un accord de "dénucléarisation", d'autant plus qu'en compensation on ne remettra pas l'accord électoral. Message reçu fort et clair de la part des verts qui n'ont pas moufté, trop contents de la surreprésentation qu'ils vont avoir au Parlement. Tout ça est bien glauque et aurait pu être risible si Fessenheim n'avait été sacrifié pour ces petits arrangements méprisables. Donc minable!

Sur l'immigration deux positions très différentes. Une volontariste, même si on peut comprendre que vu les structures de l'immigration les objectifs seront difficiles à atteindre. Mais au moins un objectif est fixé. Une laxiste qui ne prétend rien bouger, alors que la demande de la part des Français s'est au moins exprimée par la voix des électeurs du FN et ils ne sont pas les seuls dans ce cas.
Sur l'immigration illégale, des propositions d'un côté qui visent à rationaliser la rétention pour mieux expulser les illégaux, de l'autre côté un allégement de la rétention remplacée par l'assignation à résidence (doit-on rire ou pleurer?). Donc la gauche fidèle à elle-même et encourageant finalement cette immigration illégale.
S'agissant du vote aux élections locales on a des positions diamétralement opposées. L'une laxiste qui suppose que donner des droits sans contrepartie exigée amènerait cette population à prendre conscience de ses devoirs. L'autre plus exigeant qui prétend l'inverse et qui va jusqu'au bout de son raisonnement, avec un certain courage en ces temps où chaque mot peut être interprété comme une stigmatisation, en pointant du doigt le risque de la liberté de l'expression communautariste musulmane qui irait avec le don gratuit de cette parcelle de citoyenneté. Enfin! Les étrangers qui posent problème ont été nommément cités. Ah oui, certes, il y a bien des musulmans français bien qu'il serait préférable qu'ils deviennent tous des Français musulmans, ce qui n'est pas le cas. Eux exercent les droits qui leurs sont conférés par la nationalité, mais restent suffisamment minoritaires pour que ces droits soient exercées contre la République laïque. Inutile donc de renforcer ceux qui ont cette tendance. La bonne nouvelle, c'est que faute de majorité des 3/5 au Congrès, ce qui est fort probable, il y aura référendum. Je peux au moins approuver cette proposition.

L'international a été sacrifié dans ce débat se limitant à l'intervention ou plutôt au retrait d'Afghanistan et aux 9 otages français détenus dans le monde. Il y avait sans doute mieux à dire.
Sur l'Afghanistan, proposition idiote de Hollande car le retrait en si peu de temps est impossible à réaliser, à moins qu'on ne le transforme en retraite en détruisant le matériel sur place, ce qui n'est pas forcément une bonne idée car de matériel on n'en a pas en excédant dans les armées. Proposition honteuse, car elle fait fi de nos alliés et de la coalition dans laquelle nous intervenons. Proposition dangereuse, car elle laisse une région complète à la merci des talibans sans que la transition ait été assurée. Sarkozy a répondu à tous ces points, infaisabilité, honneur de la France, mission à achever.
Sur les otages, pas grand-chose à dire, la prudence étant de mise, fort heureusement.

La profession de foi de Hollande a été grotesque. 16 fois répétés "moi président, je…"!. Du théâtre, mais pas du grand. Plutôt du vaudeville. D'autant plus que dans l'essentiel il n'a pas répondu à la question posée qui était "quel président serez-vous?". Il a tenté de manière qui se voulait sans doute shakespearienne de nous dire quel président il ne serait pas. Ce qui n'est tout de même pas la même chose que de dire quel président on serait. Enfin j'ai trouvé ça rapidement dépourvu de naturel, avant dès le 10ème "Moi président, je…" nulle et grotesque. Mais peut-être que les esthètes de gauche auront trouvé cela grandiose et émouvant, au point d'en avoir la larme à l'œil, ainsi que le précisa Sarkozy.
Celle de ce dernier fut plus classique et évidemment plus digne. Un vrai président ne fait pas de théâtre. Il agit.

Maintenant deux mots sur la forme générale du débat et l'attitude des candidats.
Hollande avait cet avantage qu'il pouvait attaquer, quitte à mentir en grossissant le trait, quitte à ne pas prendre en compte la réalité d'un environnement pour le moins tourmenté, quitte à jouer sur des impressions véhiculées avec insistance par les médias, comme la baisse générale du pouvoir d'achat par exemple, sur le bilan du sortant. Sarkozy quant à lui n'avait aucune possibilité de ce type son interlocuteur n'ayant jamais rien accompli de sa vie, n'ayant jamais exercé de responsabilité au niveau national. Ce qui, comme je le soulignais plus haut nous a privé d'un débat équilibré où les projets, donc concernant l'avenir, car je suppose que Hollande s'intéresse quand même à l'avenir, même si toutefois son programme a des relents bien passéistes, donc où les projets pouvaient être vraiment comparées. Peut-être ne fallait-il pas faire table rase du passé, mais s'y ancrer comme l'a fait Hollande n'a pas aidé dans cette nécessaire comparaison.
S'agissant des attitudes des deux personnages, on a pu constater que les rôles attendus ont été quelque peu inversés. L'arrogance, la suffisance et surtout l'agressivité n'étaient pas dans le camp du président sortant, mais bien dans celui de l'individu qui prétend lui succéder. Curieux (non je plaisante) que ceux-là même qui fustigeaient par avance l'agressivité du président ne se soient pas offusqués de l'agressivité de leur candidat d'amour. Au contraire, s'appuyant sur cette agressivité, doublée parfois d'une incorrection poussant le candidat socialiste à interrompre le président dans sa conclusion, ils ont en déduit parfois une victoire. Victoire sur quoi? Sur qui? Sur celui qui a maintenu un ton égal tout au long de la prestation, répondant point à point à toutes les accusations et critiques dont il faisait l'objet. Y a-t-il victoire quant personne n'est véritablement perdant, quand personne n'a lâché prise. L'insulte ou les propos malveillants ne sont pas marque de force, mais plutôt de cette faiblesse qu'on camoufle derrière des aboiements tel le roquet qu'un coup de pied bien placé réduirait au silence. Ce coup de pied, Sarkozy ne l'a pas donné. Comme dans le débat qui l'opposait à l'ex-moitié du couple, pas mythique celui-là, Hollande-Royal, il y a 5 ans, il avait eu exactement la même attitude. La pugnacité de Hollande, qu'on peut lui reconnaitre, bien plus grande que celle de son ex, on donné certes à ce débat une allure, disons plus virile. Mais sans que le président se laisse aller au niveau d'invective de son contradicteur. Sans doute s'est-il retenu, sans doute à certains moments a-t-il été tenté de lui coller un pain, même de manière symbolique. Mais sa retenue est tout à son honneur et tout à fait en phase avec ce qu'on peut attendre d'un chef de l'Etat. Comme quoi il y a au moins quelques choses qu'il a apprises pendant ces 5 années qui viennent de s'écouler.
Reste que l'agressivité de Hollande qui a pu sans doute en surprendre plus d'un n'est pas suffisante pour lever le voile sur sa capacité de décision, vertu que bien peu de gens, avant de se persuader peut-être du contraire par nécessité, étaient en mesure de lui attribuer, même et surtout dans son camp.

4 commentaires:

  1. NS a fait une erreur depuis le début, il aurait du rattacher un programme de suite à un bilan exposé clairement
    c'est ce bilan soit disant nul qui est l'os à ronger de cette écurie qui a élevé son poulain autour et le poulain danse autour comme gourmand du scalp et en plus ça fait bander (pardon) la foule en délire anti sarko
    une danse maccabre
    et c'est pas fini, parce que si le ménhir gagne ils danseront encore cinq ans sur le bilan comme handicap
    l'alternance est un outil démocratique, ça deviendra n'importe quoi
    le temps que les anciens/nouveaux détricotent le pull la cloche sonne et barka on recommence
    la seule chose de juste qu'a dit MLP, ça arrange Copé
    en bas en blogo c'est la fête, s'en est dramatique et peu digne

    votre synthèse n'oublie rien, les hypocrites ne retiennent que de quoi alimenter la bacchanale

    m'etonnerait que la republique Hollande nous verse dans la tulipe pimpante

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  2. Je crois qu'on n'aura jamais vu campagne si nulle, orientée vers le passé, fermée au monde et à ses vicissitudes. Une campagne qui se transforme en chasse à courre mais qui une fois la bête abattue débouchera sur le néant. Ont intérêt de faire la faite entre le 6 et la passation de pouvoir, car dès le lendemain ils commenceront à payer et nous aussi.

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  3. dites moi, on vous a envoyé du lourd en bas! il veut dire quoi le nouveau avec "mépris des parvenus?"

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  4. C'est un gros con. il est déjà venu me chatouiller une fois sur l'inégalité des civilisations. Son vocabulaire est entendu, pêché dans le répertoire de l'extrême gauche.

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