"En ces temps difficiles, il convient d'accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux." Chateaubriand

vendredi 21 septembre 2012

Le retour de Vychinski ou l'affiche bleue


Nous sommes en démocratie parait-il. Or la démocratie ce n'est pas seulement le droit de vote accordé aux citoyens et l'organisation périodiques d'élections. Sinon presque tous les pays du globe seraient démocratiques. Tiens par exemple la Syrie dont les médias pourtant n'ont cessé de se relayer, un peu moins en ce moment pris sans doute par d'autres préoccupations ou parce que faire la promotion d'une opposition islamiste n'est peut-être pas très opportune compte tenu de l'actualité, donc n'ont cessé de se relayer pour dénoncer le régime dictatorial des El Assad, père et fils, connait de régulières élections, régulières exprimant évidemment ici une notion temporelle. Mais chacun sait que ce n'est pas une démocratie.
Non une démocratie, c'est bien davantage que l'organisation d'élections, fussent-elles cette fois régulières mais dans le sens où vous le comprendrez aisément. La démocratie, entre autres, ce sont des médias libres et une liberté d'expression reconnue à chacun dans les limites fixées par la loi. Cette dernière notion déjà peut interpeler car elle signifie que dans certains pays, dont la France, la liberté d'expression n'est pas totale. Mais il parait que c'est pour la bonne cause, pour que puissent être réduits au silence les esprits pervers qui n'auraient pas intégré certaines données fondamentales et universelles qui sont pourtant très marquées dans leur caractère spatio- temporel. Mais après tout on peut comprendre que dans un souci de garantir l'ordre public l législateur se soit cru obligé de fixer des limites à la liberté d'expression. Les Etats-Unis en sont pour leur part resté au 1er amendement ce qui me parait plus sain.
D'ailleurs j'ai parfois du mal à comprendre certaines choses. Quand un abruti, et je ne citerai pas de nom pour ne pas avoir un subir un procès, déclare par exemple que les chambres à gaz n'existaient pas, il est derechef traduit en justice et condamné pour négationnisme. Mis à part l'argent de l'amende et éventuellement des dommages et intérêts versés à quelque parti civile, association aux aguets ou je ne sais quoi encore, quel est d'une part l'intérêt d'une condamnation et d'autre part sa portée? Si on me parle d'intérêt éducatif ou pédagogique, je répondrai que c'est davantage à l'école qu'aux tribunaux d'éclairer les citoyens sur cette période de l'histoire, bien qu'il semble que certains cours d'histoire ne puissent plus être sereinement prodigués sur certains événements. Des réponses d'historiens, de spécialistes de l'époque apporteraient d'ailleurs davantage d'un point de vue pédagogique qu'une sanction judiciaire. S'il s'agit de punir la perversité de la pensée de celui qui a proféré des propos négationnistes, donc si on considère qu'il pense vraiment ce qu'il a dit, plutôt que de punir l'auteur des propos il serait plus judicieux de lui apporter l'aide psychiatrique dont il a manifestement besoin. Or, alors que n'importe quel assassin est soumis à une analyse psychiatrique, il ne me semble pas qu'on fasse le même effort pour quelqu'un soutenant des affirmations manifestement fausses. Du coup je ne comprends guère cette judiciarisation du négationnisme. Mais passons car ce n'est pas là le propos que je voulais développer. Tout ce qu'il faut retenir c'est qu'en France existe une liberté d'expression qui est encadré par un certain nombre de loi la limitant donc.

Mais apparemment ça ne suffit pas. Ce qui oblige certains justiciers autoproclamés à sortir de leur niche pour indiquer au bon peuple les limites à ne pas franchir.
Depuis quelques semaines maintenant on est abreuvés par l'affaire dite Millet du nom de cet écrivain et éditeur chez Gallimard qui a pondu un texte assez court appelé "Éloge littéraire de Anders Breivik". Ma situation géographique ne m'a hélas par permis encore de lire ce texte et donc je n'ai pu prendre connaissance de la supposée teneur que par les extraits diffusés sur internet. J'ai surtout vu la dénonciation doublée d'une crainte de l'islamisation de l'Europe, ce qui n'est pas forcément original puisque bien d'autres partagent les mêmes analyses. A la nuance près que Millet ayant combattu avec les phalanges chrétiennes libanaises, il est peut-être plus sensible que d'autres aux effets de la confrontation de l'islam avec d'autre religions ou cultures issues d'autres religions. Sans doute que le titre était malvenu, même s'il parait que la lecture du texte peut l'expliquer. Encore faut-il le lire. Ce que beaucoup ont apparemment oublié de faire avant de tirer à boulets rouges sur cet écrivain. A moins qu'ils ne se soient simplement servi du titre misant sur le fait que beaucoup ne liraient pas ce texte pour discréditer définitivement l'auteur parce que les thèses qu'il développe ne leurs plaisent pas. Dans les deux cas, c'est évidemment malhonnête. Certains éminents écrivains se sont exprimés à titre individuel comme par exemple Le Clézio, prix Nobel de littérature quand même, dont je trouve quand même l'argumentation assez poussive, du moins fondée sur les idées très en vogue actuellement plutôt que sur de véritables observations. Et puis il y a ceux qui préfèrent chasser en meute, et en viennent directement à la pétition. Pétition dans le monde sous le patronage d'Annie Ernaux, écrivaine que j'avoue ne jamais avoir lue mais que je ne lirai sans doute jamais étant donné l'appréciation portée sur elle par Patrick Besson, que j'ai lui, lui et qui la qualifie d'"écrivain lamentable". 109 écrivains, j'allais dire personnalité de la littérature mais beaucoup sont inconnues, et c'est peut-être d'ailleurs pour cela, enfin pour être enfin connues, qu'elles ont signé préférant se faire mousser en ayant leur patronyme sur la même affiche, sous le même texte pardon, que par exemple Tahar Ben Jelloun que de démontrer leur vrai talent sans doute injustement méconnu. En fait je parle de pétition, parce que c'est ainsi qu'on nomme ce texte. Mais Mme Ernaux ne demande rien, elle dénonce juste Millet et son texte infâme qui "déshonore la littérature", rien que ça. Mais que pourrait-elle demander? Il a déjà démissionné du comité de lecture de Gallimard. Et comme le goulag et/ou la relégation ne sont pas encore de mise en France, la question évidemment des suites à donner se pose. Ce que ne manque pas de relever une certain Jean-François Vilar, écrivain lui aussi qui n'a cependant rien publié depuis près de 20 ans, sur son blog de Médiapart dans un billet intitulé "Et maintenant?". Car évidemment une condamnation morale aussi forte soit-elle ne peut suffire, à ses yeux du moins, car "Millet
 est loin d'être un cas unique. Nous savons tous qu'il ne représente pas que lui-même". Certes, il n'a rien  à proposer de vraiment concret à part "établir un cordon sanitaire autour des porte-voix du fascisme", mais on sens que ça le démange d'aller plus loin dans sa proposition, comme le montre sa conclusion : "l'alternative reste donc d'une élémentaire simplicité : "là où nous sommes, là où une quelconque forme de fascisme sévit : c'est eux ou nous !". Chiche!

Et bien finalement ce Vilar semble avoir été entendu par un grand hebdomadaire national qui a mené l'enquête et qui donne les noms, les noms de ceux autour duquel il faut établir un cordon sanitaire. Il y a quelques mois de ça, avait été dénoncée ceux qu'on appelait alors les nouveaux réacs, à savoir Finkielkraut, Levy (Elisabeth évidemment, pas l'entartré), Zemmour, Rioufol, Ménard et peut-être encore quelques autres. Les mêmes rejoints par d'autres dont évidemment Millet, mais aussi Buisson ou Soral ont depuis été inscrits au tableau d'avancement et même promus. De nouveaux réacs ils sont passés au statut de néo-fachos. Dans 6 mois, à moins que d'ici là nos nettoyeurs se rendent compte que dans le tas il y a quelques juifs, ils seront promus sans doute au rang de néo-nazis. A un ou deux jours près, Charb aurait pu rejoindre la fameuse liste noire, car après tout il doit y avoir autant de proximité entre lui et Elisabeth Lévy par exemple, qu'entre Soral et Finkielkraut. Faut dire que sous le terme générique facho, on peut mettre un peu qui on veut, du moment qu'il ne pense pas bien, du moment qu'il n'est pas par exemple convaincu des bienfaits de la diversité, pas persuadé que le métissage culturel soit l'horizon indépassable qui nous attend, ne comprend pas que l'islam est une religion de paix et d'amour, ou s'il reste attaché à cette idée ringarde de nation. Du coup on y retrouve pêle-mêle des gens qui non seulement ne partagent pas les mêmes idées mais sont même des ennemis farouches.